plaque poele pp stewart 650
Main Street, U.S.A.

Le poêle P.P. Stewart

Par
le
22 avril 2019

Notre inventaire du patrimoine de Disneyland Paris continue avec une véritable pièce de musée. Market House Deli sur Main Street, U.S.A. regorge en effet de détails de l’époque charnière entre le XIXème et le XXème siècle, aussi, un élément ne peut qu’attirer notre attention en y entrant : Le poêle de chauffage P.P. Stewart.

facade market house deli main street disneyland paris
Façade de Market House Deli sur Main Street, U.S.A.

Un homme de corps et d’esprit

En effet, ce poêle porte le nom de son inventeur : Philo Penfield Stewart. Considéré par les spécialistes comme un des plus grands innovateurs du secteur durant le XIXème siècle, P.P. Stewart, né dans le Connecticut, en 1798. Issu d’une famille modeste, il perd son père à l’âge de 10 ans et vit alors avec son grand-père, puis, devint l’apprenti de son oncle, alors sellier. Il suit en parallèle ses études et se découvre un intérêt prononcé pour la foi, se forgeant par là sa destinée de travailler non pas par amour de l’argent mais pour les autres, dans une relative simplicité.
S’entame ensuite un long voyage à cheval vers une mission auprès des Indiens Choctaw : il y multiplie les emplois, de mécanicien à enseignant, mais diverses maladies l’obligent à rentrer dans le Vermont, au Nord des États-Unis. Il y développe alors une culture du corps à travers une alimentation saine et le sport.

Quelques années plus tard, il a toujours à l’esprit de vouloir aider son prochain et fonde avec un vieil ami, John Jay Shipherd, l’Institut Oberlin (nommé aujourd’hui Oberlin College). Cette université d’arts libéraux fut alors la première institution d’enseignement supérieur américaine à avoir ses portes ouvertes aux afro-américains et aux femmes.
Vivant avec sa femme non loin du couple Shipherd, il se rend compte que ni eux, ni leurs voisins, ne disposent de cuisinière. La raison est qu’il n’y a pas d’équipement de ce genre à un tarif abordable dans les alentours. Il se mit alors en tête de construire un poêle de chauffage, auquel il rajouta ensuite les équipements nécessaires pour en faire une cuisinière. Malin, il décide de breveter toute une série de cuisinières économiques, et en cède les droits à l’institut Oberlin pour assurer un financement à l’université.

publicité poele philo penfield stewart 1855
Ancienne publicité de 1855 pour les poêles de cuisine P.P. Stewart
Buffalo & Erie County Public Library

Départ pour New-York

Vers 1837, divers différents concernant l’organisation de l’Institut Oberlin l’amène, lui et sa femme, à déménager dans l’État de New-York. Il se remet alors à travailler sur la fabrication de poêles de cuisine, et, par chance, un fabricant local lui offre un atelier pour réaliser ses expériences. Alors dans la pauvreté, cela l’a néanmoins amené à persévérer dans l’idée de réaliser un poêle aussi économique que possible à l’usage, le bois étant alors relativement cher. Il fait breveter son nouveau poêle, mails il peine à convaincre les fabricants, n’ayant alors pas de réelles expériences en affaires ni les moyens financiers suffisants.
Il s’installe l’année suivante à Troy, dans le même État, où il trouve quelques usines voulant bien mouler les pièces de son poêle, et décide de les assembler et les vendre lui-même. Le bouche à oreille se faisant, une fonderie conclue enfin affaire avec lui, et la vente à grande échelle commença.

Quand le sort s’acharne

Cependant, la malchance s’installant, la fonderie fait faillite en 1846, alors que les ventes commençaient réellement à décoller. Persévérant, il recommence à monter et vendre ses fabrications lui-même, comme au début. Mais du fait des très faibles quantités alors produites, les concurrents ont eu le temps de l’imiter, voir de le copier. A cause du manque de moyens financiers, il ne pouvait malheureusement pas les trainer en justice pour violation de brevets.
En parallèle, il lance à Troy un établissement thermal, convaincu que les gens seraient intéressés par une expérience de vie plus saine grâce au sport et la nutrition, en plus de traitements détoxifiants à l’eau. Malencontreusement, là aussi, c’est un échec.
Enfin, vers le milieu des années 1850, un des plus gros fondeurs, Fuller & Warren, accepte le partenariat avec P.P. Stewart : la production à grande échelle reprend, et, il peut enfin breveter toutes les améliorations qu’il avait en tête depuis des années.
Il se met alors à investir dans l’immobilier, mais, le sort s’acharnant, le grand incendie de Troy de 1862 détruit la plupart de ses biens.
Il redouble d’efforts dans l’amélioration de ses poêles, et, très créatif, continue la dépose de nombreux brevets qui accompagneront les différentes évolutions de ses modèles. Néanmoins, les poêles étaient surtout rentables pour l’usine avec qui il travaillait plutôt que pour lui-même, le contrat ayant été mal négocié.

Il n’abandonna jamais sa philosophie de vie en cherchant continuellement l’amélioration de ses inventions pour toujours plus d’économie et de praticité à l’usage. Il accompagna même un moment ses poêles de recettes de cuisines avec des ingrédients inhabituels pour l’époque comme la farine complète, prônant alors dans le manuel de l’utilisateur les bienfaits des produits naturels.
Bienfaiteur, il reversait la plupart de ses bénéfices à des bonnes œuvres ou à l’Institut Oberlin. Également, sa maison était connue comme étant ouverte aux voyageurs comme aux pauvres, de quelque couleur ou croyance qu’ils soient.

S’il fut un brillant et talentueux inventeur, il n’était pas un bon gestionnaire. Avant chaque amélioration, il avait pour habitude d’y réfléchir longuement, d’en discuter avec plusieurs personnes, en les testant et les montrant… Ce qui avait parfois comme effet de voir ses inventions brevetées par des concurrents !

poele pp stewart market house deli disneyland paris
Détail sur le poêle P.P. Stewart de Market House Deli

Un nom reconnu

Il meurt le 13 décembre 1868 sans le sou, ne laissant rien à sa veuve hormis leur maison, qu’elle dû louer pour pouvoir vivre et se loger dans un confort modeste.
Néanmoins, son nom était devenu une marque de son vivant, et il réussit tout de même à vendre environ 200 000 poêles, de chauffage ou de cuisine confondus, malgré les copies des concurrents.
Plus encore, le poêle Stewart était alors le meilleur appareil du genre sur le marché. Ses inventions remportèrent de précieuses récompenses comme le prix de l’American Institute. Ses appareils étaient peut-être plus cher à l’achat que les autres, notamment du fait du coût de fabrication plus élevé mais aussi du contrôle qualité rigoureux, mais ils étaient perçus comme un investissement. En effet, s’ils étaient innovants d’un point de vue décoratif, c’était surtout pour leurs économies à l’usage qu’ils étaient tant copiés par leurs concurrents. Les vendeurs présentaient alors le poêle P.P. Stewart comme un produit avec lequel les consommateurs pouvaient entamer une relation de confiance, pour leur durabilité, leur facilité d’utilisation, et leur service après-vente inédit pour l’époque. La méthode de vente était également inédite : les consommateurs pouvaient bénéficier d’une offre “satisfait ou remboursé” de trois mois, avec la garantie de pouvoir renvoyer le poêle et d’être remboursé sans discussion.

Une pièce de musée

Pour finir, ce poêle de chauffage présent dans l’épicerie New-Yorkaise Market House Deli n’est donc pas là par hasard : appareil de haute qualité et symbole de son époque, il n’est pas étonnant de le retrouver à la période où est censée se situer Main Street, U.S.A.
Le modèle exposé à Disneyland Paris est un P.P Stewart n°650, fabriqué à Troy par l’usine Fuller & Warren, et, bien sûr, en fonte. Selon les spécialistes, il resterait moins de 10 exemplaires de ce modèle en circulation ! Pouvant fonctionner indifféremment au charbon ou au bois selon le foyer dont il était équipé, c’est une marque aujourd’hui très recherchée et appréciée, tout particulièrement ces exemplaires dont leur beauté ne passe pas inaperçue !

poele philo penfield stewart 650
Le poêle P.P Stewart numéro 650 de Market House Deli.

Ce chauffage d’une autre époque est donc le témoin d’un inventeur insolite combinant commerce, philanthropie et idéologie, mais ayant toujours cru en ses idées. Nul doute que Philo Penfield Stewart fut en avance sur son temps.

Merci à Rusty Iron Ranch – Antique Stoves pour leur témoignage sur ce modèle de poêle P.P. Stewart.

Photos : Focus on Magic

TAGS
POSTS RELATIFS
2 Commentaires
  1. Répondre

    Merry Dream 92

    23 avril 2019

    Superbe article. Je ne connaissais pas l’histoire de ce poèle et c’est franchement impressionnant. La persévérance de P.P Stewart est un véritable exemple. Bravo pour ce travail 👍🏻

  2. Répondre

    Laoralmb

    5 mai 2019

    Je passe comme promi sur votre blog. Des articles très interessant sur des choses que l’on a pas l’habitude de lire !! Bonne continuation a vous et continuer de rependre vos connaissances Disney on sera toujours ravis de lire vos articles !!

LAISSER UN COMMENTAIRE

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.